La relativité, ça vous chatouille ou ça vous démangeouille ?

Un jour où j’étais en présence de ma généraliste dans son cabinet pour des broutilles, on en était venu à parler du cancer, par je ne sais quel tortueux chemin des possibles dans une conversation. Ma toubib, et le corps médical en général, je les taquine volontiers, autant en les tournant en dérision qu’en appliquant une bonne couche d’auto-dérision : la santé est probablement trop importante pour la prendre véritablement au sérieux. Et puis, mon corps finira peut-être (statistiquement disons) par échoir dans les mains de la médecine, réduit à sa chose selon son bon vouloir, alors je me paye d’avance sur ce prêt à retardement.

Un jour où elle me demandait ce qui m’amenait dans son cabinet, je lui ai répondu en préambule, en déformant légèrement une citation de Jules Romain : “Je n’ai pas de raison d’être là en fait. Mais la bonne santé étant un état précaire qui ne laisse présager rien de bon, je suis prévoyant”. Puis j’expliquais la raison réelle de ma présence après un petit silence incertain (c’était probablement pour un rhume tenace que je trainais sans pouvoir m’en débarrasser, ou un truc idiot dans le genre). Ou, selon l’humeur, je peux répondre “je viens chercher ma dose”. C’est toujours comme ça entre nous. Ses premières réactions étaient masquées derrière une impassibilité tout asiatique. Elle devait se demander à quelle sorte de gugusse elle avait à faire. Ca, ça me fait marrer. Maintenant, elle parvient à presque sourire de mes facéties. Elle a même rit, une fois. Elle devait être fatiguée.

Mais là, le cancer s’était invité même dans nos échanges, le mal élevé. Si je ne prends pas au sérieux, avec beaucoup de bienveillance, le corps médical (autant que moi-même en sa présence), il n’en reste pas moins que les sciences me passionnent. Elle me disait qu’avec le prolongement de la vie, il était normal que l’on finisse par développer un cancer à un moment. Elle a rajouté que la majorité était soignée, c’était pratiquement devenu une formalité. Je suis resté dubitatif.

Je suppose qu’elle a pour elle l’expérience de sa profession. Mes propres statistiques, imparfaites, m’indiquent que de toute les personnes que j’ai connues ou croisées ayant eu un cancer, une insignifiante minorité en a réchappé.

La relativité impose une approche des choses très différente selon l’endroit où l’on se trouve pour observer un même phénomène.

De l'inutile

J’ai croisé par hasard une jeune femme avec qui nous avons échangé. Au cours de la conversation, elle m’a dit qu’elle ne voulait plus parler de son végétarisme avec la plupart des gens, parce qu’elle doit souvent faire face à de l’hostilité, qu’elle ne comprend pas. A priori, elle ne fait pas de prosélytisme. C’est quand on lui demande pourquoi elle est végétarienne, et qu’elle en explique les raisons (la maltraitance animale à grande échelle), qu’elle m’a dit que ça pouvait devenir très désagréable pour elle alors qu’elle n’a rien demandé à personne à l’origine.

Après 20 ans de végétarisme, je connais bien le phénomène. Moi aussi, au début, j’expliquais ma démarche quand on me le demandait. Je n’en parlais pas de moi-même, parce que j’ai toujours considéré que c’était quelque chose qui tenait d’une philosophie personnelle, propre à chacun, selon sa conscience. Sans que ce soit non plus tabou ou honteux. Je connais bien la question posée innocemment suite à de la curiosité dans un premier temps, suivie d’une argumentation (déclinable parfois sous moqueries, agressivité, mépris, tentative de persuasion…) qui ne tolère pas que l’on ne soit pas d’accord avec ce qui se passe dans les coulisses de l’industrialisation animale.

J’expliquais à cette jeune femme, que parler des coulisses abjectes du traitement animalier, pouvait renvoyer une image culpabilisante aux personnes qui consomment de la viande. Dans bien des cas, beaucoup ne veulent pas voir. Dans le pire, cela peut même déclencher de l’agressivité, quand on démontre la barbarie, même sans juger les personnes. Ca ne me viendrait pas à l’idée de dire à mon interlocuteur qu’il est responsable. Là encore, c’est affaire de conscience, chacun est libre. Je me contente de dire que je ne veux pas participer à quelque chose que je n’accepte pas. Ca s’arrête là, ça ne concerne que moi. Malgré tout, cela peut suffire pour dégénérer, selon le gugusse en face de moi. La jeune végétarienne en est également rendue là : elle esquive ce sujet avec ceux qui lui demandent pourquoi elle a fait ce choix, parce que ça ne sert à rien d’en discuter. La mauvaise foi est imbattable, et quand on part pour parler, ce n’est pas pour être sommé(e) de se justifier.

A ce sujet, des conneries, j’en ai entendues. Les animaux ne souffrent pas. Il faut bien manger. Il n’y a rien de choquant (que ces personnes aillent voir en direct avec les cris en plus, on verra combien de temps cette affirmation tiendra). Tu dramatises. Les animaux ne pensent pas (quel rapport ? Le système nerveux fonctionne parfaitement bien, lui). L’humain est plus important (en quoi cela empêche-t-il de ne pas s’adonner à des actes de barbarie sur des êtres considérés comme inférieurs ?). Ce n’est pas barbare, c’est la nature (…). L’homme est un prédateur. Bref, des arguments solides pour faire comme si on ne regardait pas ailleurs, de la part d’un bon nombre de personnes qui ne connaissent l’animal dans leur assiette que sous un angle aseptisé : un rectangle de poisson, une rondelle de viande, une tranche de volaille découpée. Ce qui se passe avant, si c’est dégueulasse, ça n’existe pas.

A mon sens, accepter des actes barbares sur le vivant, c’est accepter la barbarie tout court, qui s’abat sur le vivant tout court. Dès que l’on considère que le type d’en face appartient à une ethnie, un groupe ou une caste inférieure, le massacre en bonne conscience peut commencer. C’est le point commun à toute forme d’exaction faite sur les sous-hommes. Reste à déterminer qui est sous la branche de l’homme, selon les différentes époques de l’histoire…

J’ai pu m’opposer aussi à des végétariens militants, dont le discours maladroit, parfois jouant sur la corde sensible d’une manière infantile (genre je donne la parole à un animal torturé pour avoir son point de vue comme le ferait un humain ; tout en affectif dégoulinant hors-sujet), parvenait à décrédibiliser les raisons acceptables de faire le choix d’être végétarien. Ce que j’ai entendu aussi, c’est la comparaison avec les camps de concentration. Je trouve ça super délicat d’aborder le sujet sous cet angle abrupt, où on mélange un peu les genres au point de ramener la place de l’animal à celle de l’homme, pour des raisons au final très différentes, voire incomparables. Les camps étaient une industrialisation de la mort à cause d’une vision politique et “philosophique” (au sens perverti et inacceptable), avec une récupération économique (objets, biens immobiliers, etc.) des victimes. Les traitements inacceptables à grande échelle faits sur les animaux le sont pour des raisons purement économiques. Je me demande jusqu’à quel point les méfaits de l’esclavagisme ne seraient pas un peu plus semblables, même de manière lointaine, dans le principe marchand/maltraitance disons.

Petit aparté. N’aurait-on pas tort de croire que la folie des camps est le chef d’oeuvre absolu de la souffrance infligée dans l’histoire de l’humanité ? Quand on regarde d’un peu plus près les méthodes de torture développées au Moyen-Age, si elles n’étaient pas faites à l’échelle industrielle, elles n’en étaient pas moins atroces. Ici, c’était plus le trip de la punition divine défoulatoire et divertissante, encore une autre forme d’un hobby artisanal, au coup par coup. Pas très efficace pour le rendement, certes, mais tellement plus folklorique, du fait-main que les méthodes à la chaîne ne reproduiront pas avec autant d’authenticité.

Le point commun dans ce patchwork du côté sombre d’une partie de l’humanité, reste l’acte de barbarie. L’inacceptable que l’on fait sur l’animal, est susceptible de revenir sur l’homme, et inversement. Il faut élargir sa vision de l’homme au-delà de son espèce, le considérer globalement dans un écosystème où il vit grâce au reste du monde du vivant qui forme un équilibre, même si la technologie lui permet d’être à l’abri d’une partie du fonctionnement de la nature à l’état sauvage. Que l’on se nourrisse de l’animal est dans l’ordre des choses dans une chaîne alimentaire, mais on n’est pas obligé d’y perdre l’humanité qui, justement, est sensée hisser l’homme au-dessus du reste des espèces.

Bien sûr, il y a l’urgence dans la prise de conscience d’un plus grand respect de l’homme envers lui-même. Mais les deux causes ne s’occultent pas, elles se complètent.

A quoi bon expliquer tout cela ?

Alien, le 2e passager

Le garage, très spacieux, contenait tout un tas d’objets divers en désordre, entassés sans aucune rationalisation au fil des années. Pour tout ranger, il fallait réaménager de fond en comble. C’est le genre de tâche ennuyeuse au possible, que l’on préfère ignorer par indolence plutôt que de passer plusieurs jours à tout remettre en ordre. Cependant, à l’excès de désordre surgit le sentiment d’agir. A ce triste tableau de la paresse, on pourra quand même se féliciter que le bordel entretenu savamment était composé d’objets pour le moins utiles, et quelques-uns, dans le doute, en attente d’avoir une utilité. Il ne s’agit pas d’un fourre-tout de l’entassement de consommation, où l’on mesure une forme de vide de la pensée par une mini-décharge matérielle absolument dispensable, composée d’objets achetés pour compenser une impulsion d’achat.

Ce garage pourrait contenir trois voitures. Complètement vide, quatre pourraient s’y ranger, avec un peu de manipulations. On peut se faire une idée de la profondeur. La hauteur avoisine les 5-6 mètres. Un gros volume, quoi. Le sol est en terre battue, les murs en tuffeau. Les fondations remontent au Moyen-Age, c’est du pur jus. Lorsque ce sera terminé, tout ce qui s’étalait sur la moitié au sol, n’occupera plus qu’un quart de surface. Cet environnement est moins simple à dompter, qu’un sol en ciment régulier. D’où un empressement modéré de ma part à m’attaquer à cette obligation. Mais désormais, à l’inconfort du désordre anarchique, s’ajoutait une donnée essentielle : certains anciens meubles de rangement étaient définitivement remisés au garage, remplacés par d’autres plus fonctionnels au sein de la maison. Il était désormais possible de prévoir une organisation, qui ne devrait plus bouger par la suite. A cette tâche nécessaire mais rébarbative qui consiste à ordonner cet espace, je n’avais surtout pas envie de recommencer plusieurs fois au fur et à mesure des changements dans la maison.

J’étais muni d’un pantalon qui ne craint plus grand chose, et de ma chemise qui ferait des choses à Titine, manches relevées sur mes bras. Au fond du garage, je me trouvais dans une semi-pénombre. Lors d’un de mes innombrables déplacements, j’avais l’impression de sentir quelque chose sur mon avant-bras gauche, recouvert entièrement par ma manche de chemise. Je m’arrêtais pour me concentrer sur cette sensation. Oui, effectivement, quelque chose bougeait. A la fois très léger, mais présent. Bon, une bébête. Restait à savoir ce que c’était. Je posais mon carton, et je préférais brider tout emballement de l’imagination : pour perdre les pédales, il n’y a pas mieux que de laisser libre cours à ses peurs enfouies prendre le dessus sur toute pensée rationnelle. Je ne savais pas ce que c’était, et je me forçais à ne pas imaginer ce que cela pouvait être ; je verrai bien le moment venu.

Evidemment, la première idée forçant le blocus coupant le pont entre l’imagination et ma conscience, me renvoyait l’image d’une araignée. Je ne suis pas arachnophile. Comme bon nombre de personnes sur cette planète, j’éprouve une forme de répulsion instinctive face à cet insecte, et je ne tenais surtout pas à avoir ça sur moi. Mais je ne suis pas arachnophobe au point de les tuer pour la seule raison irrationnelle que je les trouve moches*. A la maison, je les sors avec un verre, quelque soit leur taille. Mais ma tolérance était mise à mal à l’idée que j’en porte une sur moi. Je muselais à nouveau mon imagination dans cet endroit sombre (une araignée ? Quelle taille ? Grosse et rampante ? Velue et … STOP). Je sentais que la chose inconnue tentait de remonter le long de mon avant-bras, progression rendue difficile par le tissu de ma chemise. Je levais légèrement le bras pour tenter de coincer davantage dans les plis la bestiole encore inconnue, et pour me laisser le temps de déboutonner mon vêtement avant qu’elle ne remonte sur mon cou, et peut-être s’égarer sur mon visage, expérience que je ne tenais pas du tout à tenter. La coincer entre le tissu et ma peau c’est bien joli, mais est-ce que ça pique si ça se sent en danger ? Je contrais toute forme d’angoisse de l’inconnu par le bouclier de la réflexion, dont les concepts s’enchaînaient rapidement tout en agissant. Je ne me connais pas d’allergie particulière, et une piqûre d’insecte est dans la majorité des cas insignifiante, sous nos latitudes du moins. Ce n’est donc pas grave car je ne crains probablement rien, c’est juste la peur de l’inconnu immédiat, tapi sous la forme la plus répulsive grâce à notre imagination (défense liée à l’instinct de survie, qui entrevoit le pire ?), qui est TRES PENIBLE. On va éviter de devenir hystérique pour ça, non ? Mon ennemi, c’est l’appréhension plus que la bête. Mon ennemi, c’est moi-même. Si je ne me le disais pas aussi clairement, c’était un peu le sentiment que j’imposais face aux tentacules de l’imagination, qui tissent des scénarios issus de ce qu’on craint le plus dans ces cas-là.

Je sentais la progression de mon hôte non désiré remonter vers l’épaule. Pourquoi y avait-il autant de boutons sur cette chemise ? J’arrivais enfin à en déboutonner l’avant-dernier, en me concentrant à la fois sur le geste pour ne pas le rater et sur la montée inexorable de la chose, puis enfin le dernier bouton, sentant toujours ce petit frottement aussi léger qu’horripilant qui atteignait mon épaule. C’était une course contre la montre où je ne devais pas perdre en précision, en temps, car ça allait arriver très bientôt dans mon cou si je ratais une étape, et je préfèrerais vraiment éviter d’écraser quoi que ce soit à cet endroit en voulant juste le chasser avec ma main. J’enlevais enfin le vêtement, tout en restant attentif à mes sensations : je ne sentais plus rien sur ma peau. Je tenais la chemise par le col, écartelée entre mes deux mains, comme un animal disséqué pour y observer ses entrailles minutieusement, et je guettais attentivement tout mouvement furtif.

Rien.

Je la retournais, pour voir l’intérieur.

Je voyais déboucher à la couture de la manche gauche, une tâche noire qui se déplaçait rapidement. Pas énorme, mais pas excessivement petite non plus. Pattes comprises, de la taille d’une capsule de bouteille, par exemple. Noire comme la nuit, avec un reflet de lumière comme une tâche brutale sur son gros corps luisant, dépourvu de poils. Qui de nous deux a eu le plus peur ? Avec ses huit pattes et ses nombreux yeux, c’est elle qui était susceptible d’y passer… pas moi. Je secouais ma chemise d’un geste raisonné pour qu’elle aille vivre sa vie ailleurs.

Il s’agissait bien d’une araignée.

 

* En réalité, elles ne sont pas moches : elles sont surtout impressionnantes, elles sont une mécanique complexe et redoutable à leur échelle ; si l’on parvient à mettre en sourdine son appréhension irrationnelle, on peut considérer que la beauté est relative, et l’esthétisme universel. Il faut penser différemment, penser à la hauteur de la diversité que la nature permet, s’extraire de sa peur qui rend idiot quand on préfère s’y accrocher plutôt que de la surpasser**.

** Hum, si je me mets à dos les arachnophobes -nombreux, et dont je fais d’ailleurs partie-, je vais encore me faire bien voir. Enfin enfin, comme me jugeait une philosophe éclairée de passage en d’autres lieux il n’y a pas si longtemps : “à part toi, tous les autres sont des cons” ***. Ce n’est pas exactement aussi simpliste, mais je veux bien endosser ce rôle, si ça fait plaisir aux susceptibilités. On est tous l’araignée de quelqu’un.

*** A la réflexion, c’est assez séduisant comme concept, je touche du doigt l’omnipotence de dieu ; je comprends encore mieux pourquoi il ne se manifeste pas, le pauvre. Cabu était un visionnaire…

On n'y coupera pas

J’attends mon livreur de bois à une heure prévue dans la journée. Il m’appelle environ une heure avant, depuis son portable. J’entends le début de la phrase, puis plus rien. La communication s’interrompt. Il me rappelle aussitôt. J’ai le temps de glisser, à tout hasard, que je n’entends rien. Puis la communication est interrompue brutalement. Troisième rappel, puis le livreur a le temps de me dire très sérieusement “désolé, je suis dans les bois, ça coupe”.

;-)

A la masse

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Tu connais les Lemmings ?

Réfléchis bien avant de répondre oui, car tu avouerais probablement un âge grisonnant. Je l’ai connu sur le mythique Amiga dans son époque pur jus (grisonnant, te dis-je), et c’était une petite révolution dans le monde vidéoludique. A vrai dire, à cette époque, beaucoup de jeux étaient innovants, la révolution était courante, et elle avait le mérite de ne pas lasser.

Dans Lemmings, c’est le joueur humain qui dirige les personnages dans un environnement virtuel.

Avec Pokemon Go, c’est l’inverse : c’est le jeu qui dirige les joueurs dans la réalité, qui peuvent arriver en masse en des lieux donnés. Zombieland est un spectacle fascinant, on dirait dans certains cas le premier jour des soldes à 8h30 aux portes d’un magasin, en prenant bien soin de laisser son cerveau chez soi :

 

 

 

 

 

… ce qui ne donne pas confiance dans l’humanité. Voici le mouvement de masse dans ce qu’il a de plus idiot : l’abandon de toute individualité pour agir mécaniquement et réellement en troupeau, répondant d’un seul élan pour atteindre un but qui n’existe pas, à savoir posséder des pixels (soit… du virtuel, du vent). Le spectacle navrant de la possession de tout et n’importe quoi, qui fait penser à des personnes se battant pour avoir le dernier slip 50% moins cher même pas à leur taille… sauf que le slip n’existe pas vraiment, c’est une vue de l’esprit. Une vue de l’esprit sans cerveau, il faut admettre que ça tient du génie :)
Bon, l’amour propre, on s’en tape. Etre crétin en groupe, c’est appartenir à la majorité, donc avoir raison.

Si l’on voulait se débarrasser des Lemmings, ma foi…

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Allez tous chercher le pokémon au bord de la falaise !

 

 

 

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Tous sur le clebs !

 

 

 

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Il va s’échapper ! Courez vite le capturer !

 

 

 

 

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Capture le vite avant tous les autres juste derrière toi !

 

 

On vit une époque sensationnelle.

Allez, je ne m’en lasse pas :

 

Salopard d'internaute

Suite à la lecture de l’intéressant billet de Gballand, je faisais une recherche sur internet avant d’y laisser mon deuxième commentaire, sur une des chansons de Johnny Halliday, « Oh Marie ». Je voulais vérifier une info, que je n’ai pas trouvée par ailleurs. Parce que tu vois, quand je lis la prose en guise de commentaires d’inconnu(e)s qui affirment beaucoup de choses inexactes sur divers blogs, sans jamais vraiment comprendre le contexte, sans connaître les faits qui leur échappent, et apparemment plutôt fiers de leur ignorance étalée, je me dis que j’ai pas trop envie de prendre ce chemin. Qu’est-ce que je suis désagréable -mais tellement moins qu’un Jean Yann ou un Pierre Desproges… si on connaît -le doute est permis quand je lis certaines choses.

(ah, ça y est, je sens que je redeviens nettement moins fréquentable, ouf)

Enfin bref, je n’ai pas trouvé l’info que je recherchais, j’ai donc modifié sur le blog de Gballand le commentaire en rapport avec Johnny Halliday. sans y écrire ce que je souhaitais à l’origine, puisque j’allais peut-être affirmer un truc idiot. Il faut vraiment tout expliquer aux gens qui ne me lisent pas.

 

Donc, chemin faisant à travers les autoroutes aléatoires d’internet, je suis une piste éventuelle, qui se situe sur Au féminin. Je clique sur le lien du moteur de recherche, qui m’y amène.

Je tombe sur ça en premier lieu :

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(tu peux cliquer dessus, ça mord pas)

 

Je commence à parcourir les lignes, puis s’impose à moi cette page qui escamote celle que je lisais, occupant tout l’écran :

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Ne clique pas dessus, c’est pas la peine ; au besoin mets tes lunettes :-)

 

 

C’est de plus en plus prisé. Quand un site d’information (…) détecte que ton navigateur utilise un “adblocker”, soit un bloqueur de publicités intempestives non désirées par l’internaute, qui met un filtre parce qu’il ne veut pas subir ce matraquage imposé de conneries de consommation qui gêne la lecture, tu as parfois un message qui te demande de le désactiver. Il y a plusieurs méthodes selon les sites. Il y a environ un an, sur je ne sais plus quel canard en ligne, si tu ne désactivais pas ton adblocker, tu ne pouvais lire la suite de l’article que flouté (très désagréable mais lisible quand même). J’ai l’impression que ça a été abandonné depuis. Chez d’autres, un message t’explique que le site vit avec les pubs, ce serait sympa de le désactiver ; on te laisse le choix selon ta conscience (et une bonne couche de culpabilisation). Etc., selon la philosophie du propriétaire du site.
J’attire l’attention, dans le message rédigé sur l’image : “[…] afin de PROFITER un maximum de l’ensemble des contenus […]”. Un bel exercice de com. En gros, on essaie de te persuader que tu vas profiter béatement du fisting si tu enlèves ton adblock. Excellent. Prendre ses lecteurs à ce point pour des crétins, Jean Yann l’aurait savourée celle-là.

Ici, aufeminin.com a décidé d’empêcher de lire l’article si on n’avale pas la haute littérature publicitaire. Bon, ok. Je survivrai sans aufeminin.com. Il y a cependant une chose qui me dérange dans l’image d’interdiction d’accès à l’article. Le dessin est sympa, je l’apprécie. Par contre, le symbole du masque est idiot. Se cacher derrière un masque (dans sa forme graphique présente) peut être assimilé à un voleur, un nuisible. Ce peut être aussi un symbole de désir d’anonymat, de vie privée sur internet. Hé les marketeux ! Un adblocker ne masque pas l’IP de l’internaute qui visite un site ; celui-ci ne se cache pas ni ne vole ! Et il est tout-à-fait légitime de vouloir protéger sa vie privée des sangsues mercantiles qui extorquent des données et imposent des pubs. Dans les deux cas, ça n’a pas de sens de juxtaposer l’identification de l’internaute à un quelqu’un de louche, ou désirant ne pas être envahi, à une faute ou à une attitude contestable. Ca, c’est une des méthodes insidieuses d’éducation à la consommation utilisée par le petit monde de la communication. On retrouve ça quand la société Machin t’appelle sur ton téléphone personnel sans ton consentement (tu n’as pas donné ton n° à Machin, c’est un autre qui l’a fait pour se faire de la thune sur ton dos), il faudrait croire, à écouter le force de vente à l’autre bout du téléphone, que c’est normal et que tu devrais être content que l’on s’intéresse à toi. Sur internet, la même philosophie de l’envahissement culpabilisant débouche sur “si tu ne lis pas ma pub, tu mets en péril le site que tu utilises”.

Bah… crève alors. Il est où, le problème ?

L’adblock empêche le site visité d’afficher des publicités intrusives (et abêtissantes) non désirées. Parce qu’avant que les charognards du commerce n’envahissent internet en lui imposant leurs règles de la surconsommation, c’était un espace avec une forme de liberté réelle, où l’info était gratuite (au sens noble du terme, non commercial : un don de partage des connaissances). Le vrai voleur, c’est celui qui utilise des moyens pour traquer et récupérer des infos de l’internaute sans son consentement, pour mieux le cibler et le matraquer de pubs orientées dans les cas les plus pointus. Autrement dit… la plupart des sites à but lucratif. Le temps de cerveau disponible, c’est un dogme de sadiques pour masochistes consentants.

J’utilise au quotidien Firefox comme navigateur. Dans le cas présent, je suis passé sur le navigateur de Microsoft, qui n’a pas les modules de blocage de pubs, pour voir le désastre sur la page en question :

03.jpg
(bon allez, comme t’es sympa, tu peux cliquer)

 

Cool ! Ca bouge, ça clignote, lire le texte est simplement ultra-pénible. Sur un texte plus long et demandant plus d’attention, ce serait impossible.

Quitte à ne pas pouvoir lire le contenu, autant se passer de la pub (donc du site). Mais ça, un marketeux, il pige pas. Ou disons, le nombre de personnes qui accepte le matraquage au détriment de la qualité d’un site est peut-être plus important que celui qui s’en détourne, ce qui compense et permet au bas-de-gamme de subsister et de s’étendre sur internet.

 

En tout cas mon biquet, si tu veux commencer à te reposer et à pouvoir librement te concentrer sur le fond plutôt qu’être perturbé par la forme de nombreux sites :
- Firefox (navigateur)

- AdblockPlus à télécharger/installer dans Firefox pour bloquer les pubs que l’on t’impose.

- Flashblock pour que les éléments en flash ne démarrent pas automatiquement (pubs et autre). Attention, certains sites sont conçus pour fonctionner avec du flash dans leur structure. Dans ce cas, il faut penser à désactiver Flashblock pour chaque site en question. Si cette façon de fonctionner te perturbe, ne l’installe pas…

- Eventuellement Nuke Anything Enhanced pour effacer manuellement du contenu publicitaire temporairement.

Il y a probablement d’autres add-ons meilleurs que certains cités ici. C’est une base de recherche dirons-nous.

Et garde à l’esprit que si internet coule, c’est de ta faute salopard d’internaute. Mauvaise chair à canon économique !

 

On pourra remercier Free de ne pas imposer de pubs sur l’hébergement alloué à ses clients. C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle je développe mes blogs chez ce FAI. Ca permet aux lecteurs de passage de ne pas avoir à subir cette plaie et de pouvoir lire tranquillement mes inepties en se faisant mal. Je suis ton sadique, tu es mon maso.

Mère Térésa canonisée !

canonite.jpg
… impressionnant…

On les lâche par paquets !

Il m’arrivait de voir depuis quelques jours, ces camionnettes sur la route lorsque je me rendais sur mon lieu de travail lors de ma dernière mission :

dpd.jpgLa photo provient d’ici.

Quelle sainte horreur !! Mais que fait donc la Manif pour tous face à cette énième provocation ? Ludovine, interviens !

BOUTIN ! AU S’COURS !

01111001 ??

Qu’est-ce qu’un ordinateur ?

Hé bien, c’est un peu comme ça :

Corps-humain-devant.jpg

Sauf que c’est encore plus con qu’un type qui écoute du rap à fond les ballons à 3 heures du mat. C’est dire l’état de décrépitude mentale d’une machine pourtant capable de faire des milliards de calculs en une seconde.

Ooooh mais, je te sens vaciller sous le couperet du doute en suspend au-dessus de ton cou frêle et de tes épaules basses.
Et si t’es un homme, la q… non rien.

Il m’arrive bien souvent de mesurer la perplexité, pour ne pas dire le désespoir, de l’homo sapiens sapiens face à la machine qui le plonge dans les affres de la solitude métaphysique, où il prend soudain conscience de son insignifiance, plus profonde que la noirceur d’un trou noir : l’incompréhension face à cet être inférieur, ce traître tout fait de plastique et d’électronique qui le nargue et le stresse, avec lequel il passe pourtant plusieurs heures par jour. Dans une vaine révolte, l’homme démuni pourra alors lever un bras rageur questionnant l’Eternel, en proie à la torture mentale qui lui brûle son âme et ce qu’il lui reste de conscience : POURQUOI ?

- “… pourquoi quoi ?”
- pourquoi quand je clique sur le bouton, il me met un message d’erreur ?
- “Quel message d’erreur ?”
- Je sais pas, j’ai fermé la fenêtre.
- “Tu as cliqué sur quel bouton avant ton message d’erreur ?”
- Heu… tu sais, le bouton qui permet de faire des trucs quand tu veux sauvegarder l’ouverture d’un fichier.

transpiration intense

- “… quel… sous quel logiciel ?”
- Bin le logiciel des tableaux Photoshop dans Powerpoint ! T’es con ou quoi ?
- “ah ouais je vois, faaaastoche, attends quitte pas, je me renseigne… Allô Air France ? Vous avez un vol destination les Bahamas dans 30 minutes pour moi ? Sans bagage… non non, un aller simple par pitié”.

Ca fait longtemps que l’informaticien ne lève plus de bras rageur devant l’Eternel, parce que ça fait des lustres que Le Grand Barbu est parti en vacances à l’autre bout de l’univers pour oublier la race humaine, et qu’Il ne répond pas aux mails de toutes façons ; alors on va pas s’enquiquiner en s’agitant le bras en l’air, quand on peut perdre ses cheveux et accumuler silencieusement plusieurs couches de poches sous les yeux, seul et abandonné face aux tourments des utilisateurs eux-mêmes plongés en plein désarroi.

 

Commençons par le B.A.-BA.

Un ordinateur, c’est un peu comme ça :

Corps-humain-devant2.jpg

Le processeur calcule, c’est ce qui permet toutes les interactions entre l’ordinateur con comme un gland et l’homo sapiens sapiens normalement plus futé, même s’il écoute du rap à fond les ballons à 3 heures du mat (ce qui confine à un paradoxe). Si le processeur est défaillant, c’est comme devenir trisomique.

La RAM et le disque dur sont deux formes de mémoire.
La RAM permet de retenir toutes les activités en temps réel, le résultat des différentes opérations en cours calculées par le processeur. Si l’ordinateur s’éteint en cours d’utilisation (panne de courant par exemple), tout ce qui s’y trouve est perdu. Ca faisait trois heures que tu bossais sur un fichier que t’avais pas encore enregistré sur le disque dur ? Il est perdu ! (ça te fera les paturons, petit inconscient). Si une barrette de RAM tombe en panne en cours d’utilisation de l’ordinateur, ça fait comme un AVC chez un humain : tu perds aléatoirement le contrôle des fonctions de ta machine.

La carte graphique, c’est pour l’affichage sur écran. Si ta carte graphique rend l’âme, pas moyen de mater les vidéos de youporn. C’est comme devenir aveugle pendant un strip-tease torride, c’est trop la lose.

Ne lis pas ce qui est en italique, conseil d’ami.
Si tu en entends parler un jour de northbridge d’une carte-mère, soit un chipset (ou puce, qui est un composant électronique ayant des fonctions bien précises) dont le rôle est dédié à la gestion des périphériques rapides avec le processeur : le port dédié aux cartes graphiques, les ports accueillant la RAM, le fréquençage du processeur… bref, tout ce qui concerne les quantités énormes de données à traiter dans le plus court laps de temps possible : si ton ordi rame pour certaines applications gourmandes, c’est ici que ça se passe. Quoique maintenant, sur les processeurs Intel récents du moins, c’est le processeur qui embarque la fonction du northbridge qui anciennement était la puce sur la carte-mère.
Oublie ce que je viens de dire, ça ne te servira jamais dans la vie. Sauf si tu es en mesure de choisir un à un tes composants pour ta future bécane, et que tu dois faire un choix de technologie embarquée sur la carte-mère et/ou processeur.

 

Le disque dur est une mémoire permanente qui conserve sous forme de fichiers le sytème d’exploitation et les logiciels installés avec tous leurs paramètres, ses propres travaux, ses films téléchargés illégalement et les photos olé-olé avec celles des vacances en famille, etc. Contrairement à la RAM, tu peux éteindre ton ordi, tu retrouveras tes données au prochain démarrage (sauf si ton disque dur tombe en panne. Comment ? Tu n’avais pas fait de sauvergardes de tes fichiers mégas importants sur un autre support ? Oooooohh, quel dommage). Si ça claque, c’est comme être frappé d’amnésie : plus de souvenirs.

Carte réseau, wifi, c’est la communication avec les autres ordinateurs. C’est magique, en fait. C’est aussi comme ça que les virus et le piratage à grande échelle se sont développés comme une gangrène fulgurante, et qu’on doit se taper antivirus et firewall. Si cet organe ne fonctionne plus, c’est comme devenir muet quand on veut causer avec son pote à l’autre bout du monde, trois rues plus loin. Enfin, heureusement, il reste le téléphone. Mais pour communiquer avec le serveur youporn pour voir tous les détails sur grand écran, c’est cuit.

Hormis l’alimentation et ce que gère le northbridge, le reste des interactions entre le processeur et les autres composants est pris en charge par le southbridge, notamment les interfaces de mémoire de masse comme les disques durs, CD-Rom, les claviers, souris, les ports parallèle, USB, firewire, etc.
Oublie ce que tu viens de lire, fais un reset de ta RAM avant d’enregistrer tout ça sur ton disque dur.

 

L’alimentation, c’est ce qui permet de distribuer le courant dans tous les éléments électriques. Si l’alimentation claque, c’est comme une crise cardiaque définitive, le sang ne circule plus nulle part. Pas la peine de lui faire un massage dans ce cas-là, ça sert à rien.

Le boîtier, à l’extérieur, c’est bô (enfin, ça se discute). A l’intérieur, c’est le châssis où tu ranges tous tes périphériques internes (un périphérique, c’est comme un organe supplémentaire qu’on ajoute selon ses besoins). Un pet’ à l’extérieur, c’est comme un cocard ou une dent manquante. Un pet’ à l’intérieur, ça peut faire comme un nonosse cassé du squelette : pour retenir les organes, c’est moyen.

Le “j’en ai une plus grosse que toi”, c’est un contre-sens : c’est purement humain et non informatique, et l’érection dépend de la puissance des organes supérieurs (gérés par le northbridge), que l’on compare avec ceux de ses petits copains. Un ordinateur est idiot et asexué, il a vraiment tout pour plaire. Comme le nombre de chevaux d’une bagnole, certains ont besoin de faire savoir la puissance informatique sous le capot de leur bécane, même si c’est pour faire de la bureautique et du surf internet, avec de temps à autre, un démineur (en 3D, le démineur. Il faut bien justifier la carte graphique à 400 euros).

 

 

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La carte-mère, c’est le système nerveux central. C’est sur elle que tous les périphériques sont branchés, qu’ils soient externes (clavier, souris, imprimante, écrans…) ou internes (processeur, carte graphique, mémoire, disque dur, etc.). Une sorte de chef d’orchestre. Si elle meurt, c’est la paralysie assurée de tout l’ensemble. Que deviendrait la 5e de Beethoven en plein concert si le chef d’orchestre s’affalait sur son pupitre ? Hein ? Hein ?

Pour la carte son, c’est purement anecdotique. J’ai eu un doute pour l’analogie du placement de ce périphérique, mais ça m’a semblé cohérent, je sais pas pourquoi. Si elle meurt (pet à son âme), c’est comme devenir sourd. Youporn devient vite lassant, et les voisins sont reconnaissants de ne plus entendre le rap à trois heures du mat, qui était vomi par les enceintes 5.1 branchées sur la carte son.

 

Qu’est-ce qu’une machine à l’image de son créateur ?

Fastoche :

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La riposte dégradée

J’ai un petit protégé de presque 80 ans, que j’accompagne dans ses méandres informatiques depuis quelques années. Je suis son guide dans la jungle, je taille un passage à la machette dans le feuillage touffu de l’informatique pour qu’il puisse y déambuler à peu près sereinement, et trouver un peu de sérénité dans l’utilisation de son ordinateur, entre deux messages indéchiffrables et trois agacements impuissants.

La dernière fois qu’il m’a appelé, un peu paniqué, c’était à cause d’un mail reçu d’Hadopi, ce machin qui a rassuré les politiques ignares en la matière, sur le conseil de je ne sais quel expert pro-tout-sécurtaire dans les petits papiers du gouvernement de l’époque, mais qui est une vaste farce. Déjà à cet instant, le projet était dénoncé comme caduque avant même que la loi ne soit votée, par ceux qui connaissent le fonctionnement informatique. Aujourd’hui, voici ce qu’il en ressort. Il est intéressant de se rappeler de la mise en place chaotique du bidule.

Pour enfoncer le clou de la démonstration de l’incompétence de la classe politique et du gouvernement associé de l’époque, rappelons-nous des explications succulentes de Madame Albanel pour vendre Hadopi en abordant le logiciel libre : le firewall d’OpenOffice !

Ca ne parlera peut-être pas aux non-initiés. En gros, la dame dit qu’un moteur de bagnole fait aussi frites, puisque de l’huile est utilisée par un moteur. Là aussi, je taille un passage à la machette dans ce discours confus absolument sans queue ni tête. Si déjà l’incompréhension est manifeste sur le sujet assez simple évoqué ici, alors quand se pointe la problématique très technique des différents moyens de téléchargement (illégal ou non) dans un internet très difficile à encadrer juridiquement à cause justement de sa structure multiforme et mouvante… ça fait rêver de voir le résultat assez creux techniquement. Je dirais que cette loi est née de l’entêtement borné ma p’tite dame, qu’on pourrait pas me donner entièrement tort. Ce ne sont pas les avertissements des gens du métier qui ont manqué… bah, tu sais, les ingés informaticiens n’y comprennent que dalle, ils ne voient pas la problématique sous sa forme économique. Parce que l’informatique et ses possibilités très vastes, vont rentrer dans le carcan cadré et serré de la vision économique des majors de la musique et de la vidéo. Et le chocolat, il emballe la marmotte (avec du scotch de déménageur avant de la *biiiiip*).

Le sujet est d’importance, car mon p’tit vieux, il lit dans le mail de récriminations qu’à la réception d’un troisième avertissement de cette admirable et indispensable excroissance administrative fumeuse, il peut payer bonbon, voire faire de la tôle. Je traduis au plus simple. Je me déplace chez lui à sa demande, parce qu’il ne comprend rien à ce qu’on lui reproche, et il sent le vent de l’informatique traître le poignarder dans son dos de vieil homme décharné. Je lis le courrier. Son IP publique a été flashée prise la main dans le sac à telle date et telle heure gnagnagna utilisation du réseau “pair à pair” (traduction en langage informatique : peer-to-peer, sinon on comprend que dalle à ce qu’ils baragouinent). Il a utilisé un logiciel donc de peer-to-peer (ou pair à pair si tu viens de je ne sais quelle planète où on remplace tout l’anglicisme technique quasi-obligatoire par du français fier et conquérant) et s’est rendu coupable de téléchargement illégal d’oeuvres protégées, gnagnagna, rentrer dans droit chemin gnagnagna répression gnagnagna fin du monde et peut-être même pire. Et heu… une argumentation technique sérieuse, y’a pas ? On vit une époque formidable.

Roohooôôô pas bien mon p’tit Lulu ! A ton âge, une poussée de jeunesse acnéique !

Assez ri. Le Lulu, je ne le vois pas faire ça tout seul. Il aurait très bien pu installer un logiciel par mégarde, ça, oui. C’est fou comme les moins à l’aise sont les meilleurs bêta-testeurs ! J’ai vu de ces résultats parfois, parmi des utilisateurs totalement ingénus… du grand art, tant les Quasimodos de la matière informatique frôlent le génie échappant aux gens du métier qui, jamais au grand jamais, n’auraient même imaginé certaines manipulations possibles. Ce potentiel de puissante créativité rendrait presque jaloux (même si ça débouche parfois sur des catastrophes).

Je scrute le contenu de son ordinateur, pour trouver un quelconque logiciel peer-to-peer, comme µTorrent, désigné péremptoirement par Hadopi comme étant utilisé comme arme du crime. Rien, que dalle, nada. Je regarde la liste de tous les programmes installés, circulez, y’a rien à voir de ce côté. Je regarde carrément dans la base de registres, au niveau des clés pour jeter un coup d’oeil aux programmes lancés automatiquement au démarrage de l’ordinateur. On sait jamais, un programme malveillant masqué dans la liste des programmes installés, utilisant le peer-to-peer, installé par mégarde (on se moque pas, c’est la dernière hypothèse avant d’aller voir un gourou exorciste)… Tout propre, rien. Pourquoi affirmer qu’il a utilisé µTorrent ? (et pas eMule, entre autres ?). Lulu est chez Orange, et le parfe-feux/antivirus payant d’Orange est un outil à neuneus : pas moyen de voir les logs de connexions entrantes et sortantes, donc pas d’historique visible des communications le jour J du méfait reproché. On n’est pas aidés.

Cela dit, il y a bien un passage dans le mail qui dit qu’il a pu se faire pirater sa connexion wifi, qu’il faut changer sa clé WEP en WPA au besoin (pour une meilleure protection). Au final, il est (comme chacun de nous) responsable de la sécurisation de sa box. Hé les gars ! Il a presque 80 piges, qu’est-ce que vous délirez ? En gros, il est accusé nommément d’un méfait, de l’utilisation d’un logiciel décrit comme installé sur sa machine, mais sans aucune preuve ni moyen de compréhension pour savoir quoi faire. J’aimerais bien voir à la place de Lulu comment un politique qui a voté cette loi ferait techniquement pour se débrouiller. Les faits, eux, démontrent qu’il n’y a aucun logiciel pairedebaloches-à-pairedebaloches installé. Il est désigné comme coupable d’un acte qu’il n’a pas commis. Ca en fait, des conneries énoncées. C’est Madame Albanel qui rédige les mails d’Hadopi ?

Lulu, il rappelle Hadopi au téléphone pour expliquer qu’il n’y a pas le logiciel qu’on l’accuse d’avoir installé. On lui blablate un baratin en expliquant qu’il a doit avoir sur son bureau une icône verte avec une sorte de µ à l’intérieur (µTorrent… à croire qu’ils ont des actions dans le produit de leur pire ennemi). Il leur envoie de son propre chef un courrier avec AR, pour signaler les constatations divergentes contraires aux accusations, et reçoit après un mail légèrement plus détaillé : cette fois-ci, on lui apprend qu’il a (oui, lui, Lulu, mon p’tit vieux à moi) téléchargé cinq morceaux de Pink Floyd. CINQ MORCEAUX DE PINK FLOYD ! FILOU ! AIGREFIN ! ASSASSIN ! COLLABO ! (+1 point Godwin. Ca tombe bien, j’en voulais un).

Ebahi, il me dit : je déteste Pink Floyd, c’est pas de ma génération.

Moi je dis, quand un type télécharge autre chose que de la merde commerciale dont les partitions ont été écrites sur du papier cul, on devrait au contraire le féliciter pour son bon goût !
- mais… puisque j’aime pas Pink Floyd !
- “chuuuutt, la ferme Lulu, laisse-moi dire”

Je fais une recherche sur l’ensemble de son disque dur avec le mot-clé floyd, par principe. Puisqu’on a les accusations, il faut bien que n’importe qui d’un peu moins ras-des-pâquerettes obtienne des preuves, dans un sens ou dans l’autre ! Rien, évidemment. En attendant, le mail ne donne pas d’indications techniques fiables. Je ne sais pas moi… l’adresse MAC de la carte réseau*, on connaît pas chez Hadopi ? Sans que ce soit une preuve indéniable, on se rapprocherait déjà plus vers quelque chose de tangible pour les diagnostics.

Bon. Autres pistes. Lulu n’a pas loué sa maison à la date du VOL ODIEUX caractérisé. Y aurait-il eu la communication de la clé de sécurité de la box à un tiers ? Sniffage de la clé à distance, avec les outils qui-vont-bien ? Allez, partons sur le piratage de la connexion de la box, comme dénoncé par le doigt accusateur d’Hadopi (on montre pas du doigt, mal élevé !) : j’ai fait changer sa clé de sécurité avec le fournisseur d’accès de Lulu. Bête et discipliné, hein, parce que sa clé était déjà en WPA et non en WEP. Comme le très coûteux Hadopi semble faire plus ses preuves en matière d’incompétence technique qu’en efficacité et que sa survie est menacée, on pourrait aussi se poser la question de savoir s’il n’y a pas des envois bidons pour justifier de son utilité. C’est crétin comme accusation sans preuve ? Je suis bien d’accord, on va même finir par se comprendre. Enfin, survie menacée… reconduite par l’actuel gouvernement.

Il paraît que la présomption d’innocence, jusqu’à preuve du contraire, est la fierté de la justice française. En attendant, l’objet de cette fierté a été vendu aux majors par l’entremise d’hommes politiques. Quand on met une technologie puissante incomprise dans les mains d’un pouvoir déconnecté de la réalité et porté sur des effets de manches sécuritaires sans effet autre qu’encadrer davantage la population, on obtient une répression aléatoire basée sur des accusations manquant de preuves concrètes. La pédagogie par la peur, en somme. Certains ont pris Hadopi pour ce qu’il était.

Pendant que Lulu est passé sans rien faire dans la catégorie pirate délinquant, des personnes nullement inquiétées téléchargent musiques, jeux vidéo, films, sans aucun problème via d’autres moyens qu’il sera difficile d’empêcher. Ca, c’est la réalité.

 
* Adresse MAC : c’est une sorte de “tatouage” physique pour chaque carte réseau, qu’elle soit ethernet ou wifi. Il y a une adresse unique pour chaque carte réseau dans le monde. Ca ne peut pas se modifier, mais on peut techniquement la “masquer” par une autre temporairement logiciellement, avec les bons outils et les connaissances qui vont avec.

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